de la dette publique aux origines des inégalités en France

Publié le par Jean-Philippe COLLET

  Dans l’attente du débat de l’entre deux tours pour les deux candidats, il est possible d’analyser rapidement les enjeux financiers liés à la dette publique. Ces enjeux constituent à bien des titres la clef de l’avenir de la France. François Bayrou était le candidat de la résorption de la dette publique. Avec un programme évalué par des experts indépendants à quelques 21 milliards d’euros autofinancés, François Bayrou se présentait comme le candidat du moins disant, autrement dit, le candidat de la sagesse.

 Qu’en est-il de Nicolas et de Marie-Ségolène ? Le premier annonçait un chiffrage de 32 milliards, 35 milliards pour la seconde. Un récent article du monde faisait état d’un alourdissement sensible de la part des deux candidats du système consensuel :

 

 En réalité, le coût des programmes de la candidate socialiste et du candidat de l'UMP s'est sensiblement alourdi, ces dernières semaines. Leur rival centriste, qui se pose en champion de la réduction de la dette publique, campe peu ou prou sur ses engagements de départ.
A l'aune des surenchères, Mme Royal fait la course en tête, juste devant M. Sarkozy et loin devant M. Bayrou. Soucieuse, depuis toujours, de ne pas se laisser enfermer dans la question du financement de ses mesures, dont la cellule de chiffrage de l'Institut de l'entreprise, composée de 3 experts de sensibilités politiques différentes, évaluait le coût, le 6 mars, à 61,68 milliards d'euros, la candidate socialiste est restée jusqu'au bout généreuse et/ou dépensière (...).

(le Monde, 19/07/07, par Claire Guélaud)

 

Pourquoi la question de la dette publique est-elle devenue centrale ? En quoi cette problématique nous concerne tous, nous tous, Français, jeunes et moins jeunes. Aujourd’hui, quand une Française donne naissance à un enfant, les politiques lui lèguent dès son premier souffle une dette d’environ 18 000€ (30 000€ si l'on tient compte de l'engagement sur les retraites). Devra t’il la régler ? Qu’on se rassure, pas maintenant, peut-être aura t’il même la chance et le soulagement de la refiler à ses propres enfants. Cela dit, compte tenu de l’ampleur, il n’est pas impossible qu’on vienne lui expliquer bientôt qu’il n’aura plus de retraite ou qu’une partie, qu’il devra payer plus d’impôts, ou bien qu’il gagnera moins car les charges sociales prélevées sur son salaire seront plus lourdes (rappelons que la CSG sous le gouvernement Rocard, puis la CRDS, sous le gouvernement Juppé ont été instaurées pour rembourser la dette sociale, pourtant celle-ci n’a cessé de croître depuis). On lui expliquera aussi qu’on remboursera de moins en moins les soins médicaux, parce que le déficit du régime général de la sécurité social sera tel qu’il ne pourra espérer de miracles. Quand il ira voir son banquier pour concrétiser un projet immobilier, on lui expliquera avec un vocabulaire techniquement enfantin des raisons qui conduisent à l’envolé des taux d’intérêts. Les sorties culturelles auront aussi la saveur du caviar. Le prix d’entrée pour une visite du château de Versailles aura augmenté pour financer son entretien. Plus inégalitaire, la société sera, si l’on ne fait rien.

 Quel est donc l’état de cette fameuse dette ? Depuis l’audit mené par Mr Pébereau (plus connu sous le nom de rapport Pébereau), on apprend que le montant de la dette de la France est de plus de 1200 milliards d’€ (en francs, cela fait plus de 7860 milliards). La dette est lourde et en plus elle coûte chère. Le remboursement annuel des intérêts de la dette n’est rien de moins que de 47 milliards d’€, soit le deuxième budget de dépense de l’Etat. Aujourd’hui déjà, nous sommes heureux d’apprendre que la totalité de nos impôts sur le revenu finance uniquement le coût de la dette, et ne sert en rien au financement des salaires ou du service public ou à la construction d’infrastructures publiques.

 

Et encore cela n’est pas fini, car l’Etat possède des engagements sur les retraites de ses agents. Sur un plan de comptabilité d’entreprise, ces engagements s’élèvent à 900 milliards d’€.

 La dette de la France est contractée sous forme d’OAT (Obligations Assimilées au Trésor) lancées sur les marchés financiers mondiaux et donc soumises à la loi de l’offre et de la demande. Des agences spécialisées notent la valeur de confiance des OAT, c’est à dire leur capacité à être remboursées dans les délais prévus. Demain, plus la dette s’alourdira, plus la France perdra un petit peu plus sa capacité de remboursement, dès lors les investisseurs monteront leur taux d’intérêts pour limiter les risques (c'est déjà le cas en Italie). Dans un tel cercle vicieux, viendra un moment où l’Etat n’aura même plus la capacité d’emprunter et là, on n’ose imaginer ce qui se passera (faillite de l'Etat comme en Argentine, crise sociale, explosion du nombre de demandeurs d'emplois) …

 Alors aujourd’hui que se passe t’il concrètement ? Depuis 25 ans la dette de notre pays ne cesse de s’accroître sans qu’aucune personnalité politique ne se soit élevée contre ce fléau. Autrement dit, cela fait 25 ans que les députés votent tous les ans un budget en déficit constant. Le déficit pour 2007 a été affiché à 47 milliards d’euros. Cela signifie qu’à partir de la mi octobre l’Etat n’aura plus d’argent et vivra à crédit.

 Alors que fera le ou la future présidente de la République ? Nous aurons peut-être des éléments de réponse le 2 mai. Toujours est-il que la candidate est plutôt mal partie. Ces dernières promesses ne sont pas là pour nous rassurer. En outre, son incompréhension palpable des affaires économiques (elle a même eu l’intelligence d’affirmer à deux grands journalistes économiques, Pierre Luc Séguillon et Nicolas Beytout, que la croissance repartirait par sa seule arrivée à l’Elysée. Ils sont restés sans voix et nous aussi) risque fort de crever le taux de croissance déjà bas, c’est-à-dire la production de richesses de la France. Selon un institut économique indépendant, REXECODE, le programme du candidat de l’UMP serait créateur de richesses et d’emplois. Pourvu que cela soit vrai.

 En attendant, et ce n’est pas sans cynisme que les enfants qui naissent aujourd’hui pourraient dire à leurs parents, merci papa, merci maman d’avoir voté depuis 25 ans pour des gens qui ont ruiné mon avenir.

 

Pour un rapport complet, vous pouvez consulter ici le rapport Pébereau

Pour un synoptique: ici

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Publié dans National

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