Après la fracture sociale en 1995, la fracture politique en 2007 ?
Il y a quelques temps, une étude du très sérieux CEVIPOF (le centre de recherches politiques de Sciences Po) mettait en lumière l'existence d'une fracture entre les Françaises et des Français à l’égard de la classe politique. Il apparaissait que 69 % des Français ne faisaient confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner le pays. Le 21 avril 2002 avait révélé à la surprise générale ce discrédit de la classe politique. En 2006, le choix des militants socialistes portant une femme vers l’investiture du parti révélait un autre signal. Autant de symptômes que les Françaises et les Français envoient régulièrement à l’adresse de la classe dirigeante et qui semblent ne pas être perçues.
Monsieur le député ne comprend plus les attentes des Français
La déclaration récente d’un parlementaire UMP des Deux-Sèvres, fin politicien, dans les colonnes de la Nouvelle République, (jeudi 12 avril 2007) est à bien des égards révélatrice de l’incompréhension qui s’accroît entre la classe politique et la population. En se demandant pourquoi les militants socialistes ont porté leur choix vers la candidate, le parlementaire du nord Deux-Sèvres semble nier catégoriquement le mécontentement avéré des Français. Nos concitoyens ont su en différentes occasions manifester le rejet d’une forme d’oligarchie tout en exprimant la confiance qu’ils ont dans le système républicain. Globalement, ce que la France semble exprimer c’est que la capacité à transformer le pays dépend plus de la capacité à changer les élites au pouvoir. La candidate socialiste a pu un temps présenter une certaine fraîcheur dans le microcosme politique. Peu connue des Françaises et des Français, son image de femme s’est très vite imposée comme une nouveauté au pays des éléphants et de l’immobilisme. Pourquoi cette évidence ne saute t’elle pas aux yeux d’un esprit aussi vif que celui du parlementaire des Deux-Sèvres ? Cet aveuglement ne révèle t’il pas une fracture plus profonde ? Et si la première réforme, la réforme des réformes à faire dans notre pays, était la réforme de la classe politique ?
La réaction centriste : responsabiliser la gouvernance
Devant ce consensus partagé et par la droite et par la gauche, François Bayrou a réagi, en votant contre le budget en 2006, attirant sur lui les moqueries et la calomnie. Alors certes, d’aucun dira que Mr Bayrou a fait lui même parti de ce système. Il n’est jamais trop tard pour réagir. Responsabiliser la gouvernance c’est déjà prendre acte des échecs partagés. C’est enfin se rassembler et reconstituer ensemble nos forces pour exprimer nos valeurs. Car, ainsi que le rappelait l’Archevêque de Poitiers, « ce que nous avons de plus intime c’est aussi ce qui nous lie aux autres ». C’est un préalable pour retrouver notre voix au sein de l’Union européenne, et au final notre rayonnement humaniste. Cette intimité de la France n’est ni un monopole de droite ni un monopole de gauche.